Dialogue désaccordé entre le New-York Times et le gouvernement hongrois

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Le 8 septembre dernier, le journal américain New-York Times a critiqué la politique migratoire du gouvernement hongrois, dans son éditorial, en l’accusant même d’aggraver la crise migratoire. La réponse n’a pas tardé. Le porte-parole du gouvernement hongrois, Zoltán Kovács, a publié une réponse le 11 septembre dernier sur un site internet hongrois de langue anglaise, expliquant au journal américain de tendance libérale que ce dernier ne comprend toujours pas la crise migratoire. Voici la traduction de ces deux textes.

Le texte du NYT :

La Hongrie aggrave la crise migratoire en Europe

Un nouvel été s’est écoulé et il semble toujours n’y avoir aucune solution durable à l’un des plus grands problèmes humanitaires de notre époque : comment réinstaller les milliers de migrants qui continuent à risquer la dangereuse traversée à travers la Méditerranée, à la recherche d’un sanctuaire face aux violences au Moyen-Orient et en Afrique.  Le nombre d’arrivées en Grèce a baissé de manière constante depuis 2015, suite à des mesures qui ont pratiquement fermé la route depuis la Turquie. Mais le problème va perdurer aussi longtemps que les conflits et la pauvreté poussent les gens à prendre d’énormes risques dans l’espoir d’atteindre l’Europe.  

C’est indiscutablement un problème difficile, mais il n’a pas été facilité en raison de l’attitude inhospitalière de certains pays d’Europe centrale et orientale — la Hongrie en particulier — qui ont obstinément refusé l’entrée aux réfugiés. C’est une honte, compte tenu du fait qu’en 1989 la Hongrie a ouvert la voie, en ouvrant ses frontières, pour permettre aux gens gouvernés par des pays communistes de se déplacer librement entre l’Est et l’Ouest. En liant effectivement son sort avec l’Ouest, la Hongrie a déclaré, à l’époque, qu’elle était guidée « par des principes internationaux généralement reconnus en matière de droits de l’homme et de considérations humanitaires. »  

Il semble que ce n’est plus le cas. Lorsque l’Union européenne a décidé, durant l’été 2015, d’aider l’Italie et la Grèce à faire face à l’immense vague migratoire, en réinstallant 120’000 personnes dans d’autres pays européens, la Hongrie et la Slovaquie ont pris la décision de s’y opposer devant la Cour de justice de l’Union européenne. Mercredi, la Cour de justice a rejeté leur recours, ce qui ne semble qu’avoir eu pour effet de renforcer l’opposition de la Hongrie. Avec une incongruité inconsciente, le ministre des Affaires étrangères de ce pays, Peter Szijjarto, a déclaré avec colère que « la politique a violé la loi et les valeurs européennes, » promettant que personne ne serait relocalisé en Hongrie contre le souhait de celle-ci. 

La décision de la Cour de justice n’améliorera pas de manière considérable le sort des migrants, et pas simplement à cause de l’insensibilité de la Hongrie. Le programme de réinstallation des migrants en provenance de Grèce et d’Italie n’a réussi à relocaliser qu’à peine un quart des personnes qu’il était censé aider. Et les pays d’Europe de l’Est n’avaient reçu qu’une fraction infime de ces relocalisations pour commencer. Par ailleurs, l’Union européenne ne possède pas les outils suffisants pour punir efficacement les pays récalcitrants. 

Néanmoins, il incombe à l’Europe de continuer à chercher des solutions humanitaires, que ce soit en aidant à résoudre des conflits, en soulageant la pauvreté qui conduit les gens à fuir, ou en accueillant les gens qui atteignent ses rivages. Cet effort et ce fardeau doivent être partagés, et il doivent se baser sur le droit international et sur les valeurs européennes, notamment celles de tolérance, de diversité culturelle, de protection des minorités et de rejet de la xénophobie.  

La Hongrie et ses voisins ne sont pas les seuls à tenter d’empêcher l’entrée des migrants. Le président Trump a donné l’exemple de manière scandaleuse avec sa politique démagogique en matière d’immigration. Le vote de la Grande-Bretagne pour sortir de l’Union européenne reposait largement sur le rejet de l’immigration. Les populistes et les nationalistes, dans de nombreux pays européens, ont profité de l’immigration pour se renforcer.

Mais il est particulièrement triste de voir que des pays, qui ont célébré de manière si poignante la chute du rideau de fer, argumentent aujourd’hui, à l’instar de la Hongrie, que la prise en charge d’un petit nombre de migrants musulmans représente, en quelque sorte, une violation des lois et des valeurs européennes. Le Premier ministre hongrois, partisan de la ligne dure,Viktor Orbán, est allé jusqu’à demander à l’Union européenne de contribuer financièrement au renforcement de sa barrière anti-migrants à sa frontière. — une requête arrogante vite balayée par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.  La décision de la Cour de justice devrait représenter un rappel fort à la Hongrie et à ses voisins que les principes des droits de l’homme et les considérations humanitaires, qu’ils ont à l’époque embrassés avec ardeur, ne sont pas optionnels. 

La réponse du gouvernement hongrois :

Les rédacteurs du New York Times ne le comprennent vraiment toujours pas. 

« La Hongrie aggrave la crise migratoire en Europe, » selon le comité de rédaction du New York Times, dans un éditorial publié ce week-end. Comment?

En réponse à ce que les rédacteurs admettent comme étant un « problème indiscutablement difficile, » la Hongrie et d’autres pays « inhospitaliers » d’Europe centrale et orientale « ont obstinément refusé l’entrée aux réfugiés ». 

Les rédacteurs soulignent que le Premier ministre Viktor Orbán est un « partisan de la ligne dure », ils s’opposent à son « arrogante » requête de soutien financier adressée à l’UE, liée au « renforcement de sa barrière anti-migrants à sa frontière ». L’insistance déterminée de la Hongrie à sécuriser ses frontières aggrave la crise migratoire, d’après le comité de rédaction qui argumente de la façon suivante : 

« il incombe à l’Europe de continuer à chercher des solutions humanitaires, que ce soit en aidant à résoudre des conflits, en soulageant la pauvreté qui conduit les gens à fuir, ou en accueillant les gens qui atteignent ses rivages. Cet effort et ce fardeau doivent être partagés, et il doivent se baser sur le droit international et sur les valeurs européennes, notamment celles de tolérance, de diversité culturelle, de protection des minorités et de rejet de la xénophobie. »  

Il est bon de savoir que les rédacteurs du NYT croient qu’il « incombe à l’Europe » de résoudre la crise migratoire, mais, comme je l’ai écrit sur ce blog auparavant, (“Chers rédacteurs du New York Times : Vous ne le comprenez tout simplement pas, n’est-ce pas?), ils continuent de montrer à quel point ils ne comprennent pas. Certes, il n’est pas facile de comprendre ce « problème indiscutablement difficile » depuis le confort de Midtown Manhattan (quartier d’affaires à NY), mais si nous devons avoir une discussion sérieuse à ce propos, nous avons besoin de comprendre certains faits essentiels. 

Pour commencer, disons quelque chose de simple à propos des frontières. « Un pays qui est incapable de protéger ses frontières, » comme l’a dit le Premier ministre Orbán, « n’est pas du tout un pays. »  

Le gouvernement Orbán a construit une clôture le long de la frontière sud de la Hongrie parce que c’est une frontière extérieure de l’espace Schengen de l’Union européenne. Ce n’était pas simplement pour « renforcer sa frontière, » comme ils le disent, mais pour défendre l’Europe et respecter ses obligations conventionnelles, notamment sur la prévention de l’immigration illégale dans l’UE.  Le maintien de la sécurité et de l’intégrité des frontières de l’espace Schengen, une zone sans frontières qui permet la liberté de mouvement, est essentiel à la sécurité de l’UE et au fonctionnement du marché intérieur. Il s’agit d’un point clé.  

Des frontières fortes et sécurisée n’aggravent pas la crise migratoire. Au contraire! Ce sont les frontières faibles et non défendues qui aggravent la crise en créant un « facteur d’attraction » qui encourage les migrants à entreprendre un voyage dangereux.  C’est l’échec de sécurisation des frontières qui a alimenté l’industrie du trafic d’êtres humains qui cible les migrants. Et c’est l’échec de sécurisation des frontières extérieures qui a conduit des centaines de milliers de migrants à entrer illégalement sur le territoire de l’UE. 

Le Premier ministre Orbán a soutenu, dès les premiers jours de la crise migratoire, que l’UE devait intensifier ses efforts pour fournir une aide directe aux territoires immédiatement touchés par les conflits. Le Premier ministre a été parmi les premiers dirigeants européens à proposer une assistance aux États membres de l’UE qui ne peuvent pas assumer leurs responsabilités en matière de protection des frontières. En outre, il a proposé de mettre en place des centres de traitement pour migrants en dehors du territoire de l’UE, notamment en Libye (une idée soutenue désormais également par Emmanuel Macron).  

La sécurisation par la Hongrie d’une frontière extérieure, d’une communauté européenne qui compte 510 millions de personnes,  permettant d’atténuer la pression migratoire sur le vieux continent, représente une démonstration significative de notre solidarité et contribue à une mise sous contrôle de la crise migratoire.  Si vous ne me croyez pas, demandez à un citoyen de l’Autriche ou de l’Allemagne ce qu’ils pensent de la clôture que nous avons construite à la frontière de l’Europe.

Mais les propositions qui visent effectivement à amener ce « problème difficile » sur le territoire de l’Europe – comme la proposition de Bruxelles de quotas obligatoires de réinstallation de migrants – aggravent la crise migratoire parce qu’ils vont continuer à encourager l’immigration clandestine.

Nous devons également clarifier les choses à propos des références du NYT au droit international et aux valeurs européennes. C’est un langage qui fait appel au lectorat libéral du Times qui se déplace en limousine. Il n’y a aucune loi internationale, aucun traité européen qui donne le pouvoir à Bruxelles de prendre des décisions sur l’immigration.  La Hongrie a admis la décision de la semaine dernière de la Cour de justice mais, comme le Premier ministre Orbán l’a dit la semaine dernière, « nous contestons également la politique de Bruxelles qui souhaite installer n’importe qui dans un État membre contre la volonté des pays membres. » Seule la Hongrie a le droit de décider qui peut s’installer en Hongrie. 

Ici, dans le monde réel, en première ligne de la crise migratoire, une majorité écrasante de citoyens hongrois souhaitent que ce soit leur gouvernement pas Bruxelles – qui prenne les décisions en matière d’immigration (c’est également vrai pour la majorité des citoyens européens). En tant que gouvernement responsable de la sûreté et de la sécurité des citoyens hongrois – de même que celle des citoyens européens – nous n’allons pas nous excuser du fait de continuer à exercer nos droits, de prendre nos propres décisions en matière d’immigration et de maintenir des frontières européennes fortes.

Traduction à partir de l’anglais effectuée par Alimuddin Usmani

 

 

Extrait de: Source et auteur

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Un commentaire

  1. Posté par Dupond le

    Il ne me semble pas qu’en 1962 quand 900000 français nés en algérie ont eu la valise pour les plus chanceux ou le cerceuil pour des innocents ,la communeauté internationale se soit sentie outrée !!! qu’en pensez vous ? a t elle bougé la communeauté internationale contre les attentats du FLN ? Devons nous récuperer les petits enfants de ceux qui furent les bourreaux de beaucoup de nos compatriotes (souvent de condition modeste ?) Des missionnaires sont partis instruire gratuetement ….quel merci ont ils eu ?
    https://www.youtube.com/watch?v=aGBuTydNyhg
    http://babelouedstory.com/cdhas/31_20_08_1955_suite/massacre_el_halia.html

Et vous, qu'en pensez vous ?

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