Looking for Lenin, de Niels Ackermann et Sébastien Gobert

Francis Richard
Resp. Ressources humaines
Looking for Lenin ACKERMANN GOBERT

Un photographe, Niels Ackermann, et un journaliste, Sébastien Gobert, apprennent, le 8 décembre 2013, que la statue de Vladimir Illitch Lénine de la place Bessarabska à Kiev a été jetée à terre par une poignée de manifestants, pour la plupart liés au parti nationaliste Svoboda.

 

L'un se trouve à Kiev - Niels est en train de manger une pizza -, l'autre à Barcelone, sur une plage: dès le lendemain, [Sébastien] est dans l'avion de retour pour Kiev. Un jour, ces deux Occidentaux fascinés par l'Ukraine discutent et décident de partir à la chasse à cette statue de Lénine disparue.

 

Après des mois d'enquête, début 2016, ils sont à bout touchant et ont généralisé la chasse au Lénine de Bessarabska à tous les Lénine d'Ukraine. Dans la préface du livre qu'ils ont réalisé ensemble, Looking for Lenin, Myroslava Hartmond écrit:

 

Avec 5 500 statues de Lénine - contre 7 000 en Russie, 600 en Biélorussie, 500 au Kazakhstan et seulement 300 pour la région transcaucasienne et l'Asie centrale -, la densité de monuments au kilomètre carré était plus élevée en Ukraine que dans toute autre république de l'ancienne URSS.

 

Le livre de Niels et Sébastien comprend 45 lieux dans lesquels ils se sont rendus à travers tout le pays. La carte de la page 17 montre que les Lénine qu'ils ont chassés sont concentrés le long du Dniepr, qu'il y en a davantage dans la partie orientale que dans la partie occidentale du pays.

 

Ce livre est illustré de 70 photographies capturant des Lénine (mis à bas, décapités, défigurés, découpés en morceaux etc.), prises dans des endroits divers (jardins, musées, entrepôts, décharges, bois etc.). Il est rempli de témoignages recueillis sur place et qui sont rien moins qu'unanimes sur le Leninopad.

 

Le Leninopad, explique Myroslava Hartmond, c'est la destruction des monuments à la mémoire du dirigeant communiste par des militants qui, dans les mois qui suivirent les manifestations de l'Euromaïdan de 2013-2014, réclamaient une intégration plus étroite dans l'Europe et la fin du régime pro-Kremlin.

 

En fait il y a eu d'autres vagues de destruction: à partir de 1990, avant la dissolution de l'Union soviétique; après la révolution orange de 2004; à partir d'avril 2015, avec le processus de  décommunisation et ses lois, dont celle sur la condamnation des régimes totalitaires communiste et national-socialiste...

 

Sur la décommunisation en cours, chacun peut être, comme le synthétise Sébastien Gobert, pour, contre, indifférent, nostalgique, vindicatif...: chacun a une façon bien particulière de vivre sa chute, et de comprendre la décommunisation de l'Ukraine. Ce processus en devient simplement illisible.

 

L'un dit que le régime s'est normalisé puisqu'il s'est étalé sur tant d'années; un autre, qui a des Lénine dans son jardin, que nous pouvons réfléchir au sort d'un empire, qui finit toujours par être absorbé par la nature; un autre encore, qu'en vendant un Lénine, ce dernier servira pour une fois à quelque chose.

 

Le processus de décommunisation est donc complexe. C'est pourquoi, dans ce contexte, Sébastien Gobert et, avec lui, Niels Ackermann, en conclusion, s'interrogent sur l'avenir de l'Ukraine, pays en profonde mutation, à l'histoire tourmentée:

 

Quel sens les Ukrainiens vont-ils donner à leur histoire? En quoi la décommunisation peut-elle influencer leur idée d'appartenance nationale? Quel impact a-t-elle sur les transformations actuelles?

 

En tout cas, curieuse façon de décommuniser que d'adopter des lois pour y parvenir...

 

Francis Richard

 

Looking for Lenin, Niels Ackermann et Sébastien Gobert, 176 pages Les Éditions Noir sur Blanc

Source: Le blog de Francis Richard

Et vous, qu'en pensez vous ?

Poster un commentaire

Votre commentaire est susceptible d'être modéré, nous vous prions d'être patients.

* Ces champs sont obligatoires

Avertissement! Seuls les commentaires signés par leurs auteurs sont admis, sauf exceptions demandées auprès des Observateurs.ch pour des raisons personnelles ou professionnelles. Les commentaires sont en principe modérés. Toutefois, étant donné le nombre très considérable et en progression fulgurante des commentaires (100'457 commentaires retenus sur 3'464'976, chiffres au 2 novembre 2016) un travail de modération complet et exhaustif est totalement impensable. Notre site invite, par conséquent, les commentateurs à ne pas transgresser les règles élémentaires en vigueur et à se conformer à la loi afin d’éviter tout recours en justice. Le site n’est pas responsable de propos condamnables par la loi et fournira, en cas de demande et dans la mesure du possible, les éléments nécessaires à l’identification des auteurs faisant l’objet d’une procédure judiciaire. Le site se réserve, par ailleurs, le droit de supprimer tout commentaire qu’il repérerait comme anonyme et invite plus généralement les commentateurs à s’en tenir à des propos acceptables et non condamnables.

Entrez les deux mots ci-dessous (séparés par un espace). Si vous n'arrivez pas à lire les mots vous pouvez afficher une nouvelle image.